23.07.2008
Note chiante du mois!
En bonne petite étudiante en droit (je n'ose dire "juriste"! ca fait un bail que je ne m'occupe plus de droit positif!!!), je me devais de vous dire 3 mots sur la révision constitutionnelle adoptée lundi par le Congrés. J'ai quelques remarques à faire, rien de trés extraordinaire, mais bon, c'est déjà ca! Mieux vaut en parler le plus possible, même si c'est pour se répéter ou ne pas en dire grand chose, car une révision de notre Constitution n'est pas un acte anodin! Et passer une telle réforme en été est un crime assez grave à mon sens!
* La révision en elle-même:
- Le Président pourra désormais s'adresser au pouvoir législatif réuni en Congrés uniquement (à la base, Sarko voulait un pouvoir d'ingérence bien plus étendu, avec possibilité d'être entendu directement devant le Parlement. S'il s'agit donc d'une mesure moindre, elle n'en reste pas moins fort déroutante pour un de nos fondamentaux : la Séparation des pouvoirs! Encore une fois, aprés l'attaque du pouvoir judiciaire, on voit ici la volonté dictatoriale du président! )
- Limitation à 2 quinquennats consécutifs
- Disparition du droit de grâce collectif
- Les ministres élus avant leur prise de fonction au gouvernement pourront retrouver leurs mandats, sans remise en cause de leur élection, aprés démission ou renvoi!
= Les pouvoirs du Parlement (pouvoir législatif) ont été grandement augmenté; ce qui, paradoxalement, LIMITE les pouvoirs du Président! Cette réforme n'en est que plus ambigüe! Les voeux de Sarko sont difficiles à suivre!
- LA MESURE PHARE (et illusoire) : Le référendum d'initiative populaire
Selon beaucoup, il s'agit ni plus ni moins que d'un coup de pub en faveur de cette réforme! Comment obtenir l'adhésion du public sur des questions un brin trop complexes, en plein éte? Donner leur l'impression qu'ils auront plus de pouvoir! Appelé ainsi par le gouvernement et par les journaux UMP durant toute la phase pré-adoption, il est désormais nommé pudiquement comme le "REFERENDUM D'INITIATIVE PARLEMENTAIRE ET POPULAIRE"... Dites-moi si vous avez vu la nuance, pourtant de taille?! Il ne s'agit évidemment pas de laisser à 4 Millions de Français la possibilité de faire un référendum! Trop facile! Non, point! Il faudra bien ces 4 Millions, mais surtout ... l'initiative de 184 parlementaires!!! Mais ce n'est pas tout : pour qu'un référendum ait lieu, il ne faudra pas que la question ait été débattue en Assemblée dans un délai d'UN an!
Sans compter que le référendum n'est pas obligatoire et que la proposition peut être tout simplement rejetée par les deux chambres. De plus, le Conseil Constitutionnel doit effectuer un contrôle préalable. Enfin, le référendum « ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an » ce qui l'empêche d'être un instrument de contestation politique immédiate.
Tout ca pour dire qu'avant de voir un de ces référendum, on a le temps de voir venir!!!
* la réaction du PS:
Ridicule et caricaturale! Encore une fois! je ne crains pas d'aller loin dans cette critique, car je suis socialiste! Je me sens humiliée par leur vote-sanction, non-réfléchi, et qui a donné encore plus de pouvoir à la droite, qui leur a fait prendre conscience qu'il fallait un vote de "parti" et non un vote SUR la réforme! Et encore plus anti-démocratique la réaction contre Lang! Quelques lignes dans Le Monde explique parfaitement mes pensées:
"Il n'en reste pas moins que le PS doit s'interroger sur sa stratégie de parti d'opposition. Sa disqualification résulte de son incapacité à s'abstraire d'une forme d'anti-sarkozysme pavlovien qui le conduit à s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République. Cette ligne de conduite est dangereuse et fait le jeu de celui qu'elle prétend combattre. Elle nous éloigne des Français qui n'écoutent plus un parti réfugié dans une opposition caricaturale. Elle crédibilise un discours purement protestataire. Elle n'incite pas à rechercher des solutions alternatives."
Je ne suis pas assez juriste pour vous dire ce que cette réforme entraîne clairement! Je peux voir que les pouvoirs du Parlement sont renforcés, et ceux du Président (excepté la première mesure dont j'ai parlé) légérement limités. Je vois aussi que le Premier Ministre est encoremarginalisé, ce qui entraîne de fait une "hyper-présidentialisation" de type US! Je trouve qu'il y a quelques bons points, que le PS aurait du citer.
* La réforme Constitutionnelle, sa Forme et son vote:
Nous en sommes à la Ve République, avec la Constitution mise en place par De Gaulle en 1958! Pour beaucoup de juristes et d'hommes politiques, il est temps d'en changer, de passer à une VIe République! Ce qui signifierait modifier en profondeur nos institutions; par exemple, passer à un modéle américain, sans Premier ministre (ce que je réfute!); ou à un modéle parlementaire de type allemand.
Pour autant, cette réforme, qui n'est donc pas une nouvelle constitution, concerne plus de la moitié des 89 articles de notre actuelle Constit'. Dans ce cas, ne valait-il mieux pas mettre en branle une VRAIE réforme sur le fond?
Là, je ne peux vous aider! Je ne suis pas publiciste et j'ai du mal à voir ce que pourrait nous apporter une nouvelle République.
En revanche, sur la façon dont a été adopté la révision, je peux en dire quelques choses:
- un sondage bidon selon lequel 80% des français étaient favorables à la révision ... Permettez moi d'en douter! et de penser du coup à ces pays de type dictatoriaux qui se croient obligés de légitimer leurs actes par de faux sondages, de fausses élections...
- des pressions exercées sur les parlementaires UMP qui doutaient du bien-fondé de la révision! Pressions?! mais dans quel régime vivons-nous? et je pense de même sur les pressions pour les parlementaires de gauche, "obligés" de voter Non sous peine de mise au ban! La fameuse "discipline de vote" est une vraie honte pour une réforme aussi importante, sur les fondements même de notre République!
Ainsi, point de réelle modernisation du pays! A se demander à qui profite le crime? Pas au pays, encore moins aux français, bien sûr!
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20.05.2008
derniers lus
Je vous l'avais promis, la voici, enrichie de ce que j'ai pu lire entretemps! Mes dernières trouvailles livresques donc!
J'étais à la Fnac, dans mon rayon préféré, à flaner mais sans aucun choix en tête! Je me fais des listes de livres à lire que j'oublie classiquement dés qu'il s'agit de remplir ma bibliothéque!!! Je me souviens toujours qu'il y a de quoi faire dans la catégorie Balzac (encore que les grands magasins ne soient pas toujours bien achalandés pour combler ma soif! ex: hier, je cherchais le grand classique d'Aragon, "Aurélien", il n'y avait même pas de rayon Aragon en roman!!! J'en suis restée bouche-bée!), Murakami, au rayon livre "noir américain" comme je vous avais dit, etc. Mais j'avais envie de nouveautés. Vu mes récentes joies littéraires, totalement dues au hasard (ou presque! un succés éditorial signifie souvent -presque, j'y enléve les sucres d'orge qu'on donne aux impatients, les Gavalda et autres fadaises- signifie donc assez souvent QUALITE! il en était ainsi de Murakami et de Claudel), je me suis lancée... J'ai pris deux livres en présentoir, l'un qui comblait ma curiosité asiatisante du moment et l'autre l'envie de littérature américaine. Las, ca n'a pas vraiment fonctionné cette fois! Peut etre devrais-je laisser une chance aux deux auteurs? A l'un, plus qu'à l'autre! Peut-être n'était-ce qu'un mauvais choix dans leur oeuvre? Il y a tellement de choses à lire, je ne sais pas si ca leur laissera une seconde chance!
- Auprés de moi toujours, de Kazuo ISHIGURO
Je ne m'attendais pas DU TOUT à ce que j'ai lu. Le ton, le sujet, la conclusion, le déroulement de la trame narrative. Le tout m'a légérement ennuyé, et j'en suis bien peinée, car la littérature d'anticipation se fait rare, je parle bien sur de vraie littérature. L'histoire :
"Kath, Ruth et Tommy ont été élevé ensemble, dans un pensionnat les protégeant de tout. Une école idyllique, loin de la vraie vie, et les préparant à un avenir d'êtres "à part". Bien plus tard, Kath s'autorise à se souvenir et retrouvant ses amis, elle prend peu à peu conscience que leur enfance, apparemment heureuse, n'a cessé de hanter leur vie d'adultes."
C'est un résumé un peu sybillin, mais qui se veut comme tel pour certaines raisons. L'une principale que je vous révéle car le mystére ne tient pas trois pages dans le roman, c'est que ces enfants sont des "clones", destinés uniquement, non à vivre, mais à soigner les "vrais" humains. Le point de vue du clone, on a déjà vu ca dans pas mal de livres de SF (avec la même question de l'AME pour les androides, voir Blade Runner et autres ) et dans quelques films d'anticipation, dont le trés proche "the island" avec Ewan Mc Gregor et Scarlett Johanson. J'aime bien ce genre de question méta-physique, alors quand j'ai découvert de quoi parlait ce livre, j'étais ravie. L'idée de faire de ce roman un flash-back permanent de souvenirs de jeunes enfants et d'adolescence est excellente pour développer notre empathie envers les personnages. Si le clone ressent, en quoi est-il différent de l'humain? Où est la limite? qu'est-ce qui nous définit en tant qu'être humain?
Et là, j'ai vraiment trouvé ca extraordinaire! Le livre suivant "Le livre des jours", de Michael Cunningham, traite en partie du même sujet!!! C'est pas dingue un hasard pareil! bref, revenons à Ishiguro!
Son style est tout ce qu'il y a de plus commun. Ca m'a pas mal déçue. Il faut dire qu'il est arrivé en GB à 5 ans; ca ne laissait pas beaucoup de place à ses origines. Du coup, c'est vrai que question "littérature asiatique" on repassera! Je dis ca sans aucun soupçon de cloisonnement. J'ai simplement trouvé dans certains romans asiatiques, un style que je n'ai retrouvé nullepart ailleurs. Un peu comme le style Russe. Je ne sais pas trop comment vous le définir. Ce mélange inextricable du réel et du mystique, donnant de la vie à tout objet, toute chose, tout rêve... Donc, ca partait mal. Ensuite, le drame met trois plombes à se mettre en route, et pour tout dire, ne décolle jamais! On a beau y voir toutes les théories philosophiques que l'on veut, si un roman n'a pas vraiment d'histoire, ca tourne à l'ennui intersidéral! Là, franchement, j'ai cru ne jamais en finir! j'ai tenu bon, mais jamais je n'ai ressenti la moindre sympathie pour l'histoire que je lisais. Disons que je lui ai lancé un clin d'oeil quand j'ai compris de quoi il retournait, mais ensuite, ce n'était plus que des lignes que je lisais. Pour sa défense, je dois dire que tout Goncours passerait pour une fadaise aprés Murakami!
- "Le livre des jours", de Michael CUNNINGHAM
"Dans le NY de l'ére industrielle, un jeune garçon croit entendre, dans le fracas des machines, la voix de son frère décédé. De nos jours, à Manhattan, des adolescents commettent des attentats suicide en citant des poémes de Walt Whitman. Dans un futur lointain, un androïde et une extraterrestre tentent d'échapper aux abords malsains de Central Park. Entre ces trois histoires d'amour et de fuite, de menaces et d'espoir, se tisse un mince réseau d'indices et de correspondances qui esquissentla lente dérive d'une ville et d'un monde."
Trois histoires, trois temps, un seul lieu (ou presque). Beaucoups de liens entre les récits, un enfant étrange, des citations
de Whitman en boucle, auteur que je ne connaissais pas (bouhhhh! ben oui, je vous ais dit que j'avais pas mal de retard côté littérature dés qu'on sort de l'hexagone!). Une écriture nette et poétique, surtout dans la première partie; une sensation étrange qui vous laisse en haleine... Je n'ai pas été vraiment emballée par cette lecture, mais c'était déjà mieux que le précédent. Au moins, il y a une touche d'originalité; comme dit l'accroche, "un roman hors normes"! Je crois que c'est vraiment la première histoire qui m'a le plus plu, le plus ému. Bon voilà, pas la peine d'épiloguer trois plombes, un petit livre et puis c'est tout! La dernière partie m'a remis à l'esprit ma soif de SF de qualité.
Je ne sais pas quoi lire à part Azimov pour etre sûre de ne pas être déçue; il faudrait que je trouve quelqu'un pour me renseigner. Je me suis laissé retomber en adolescence il y a peu en lisant un A. Van Vogt, et j'ai été trés trés déçue. C'était po terrible. J'aimerais relire une grande oeuvre, en 5-6 tomes, comme "Dune" ou "Fondation"... (soupir!)
Du coup, suite à ce semi-echec, je suis revenue aux valeurs sures, avec un bon Murakami (encore!!!) et un Paul Auster, que je découvre mais j'ai la sensation que ca va me plaire!
20:04 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.04.2008
Chroniques de l'oiseau à ressort
J'ai donc terminé ce livre, de cet auteur que j'aime de plus en plus! Il faut dire que des trois romans que j'ai lu : "Danse, danse, danse", "Kafka sur le rivage" et "Les chroniques de ...", kafka est de loin mon préféré, plus abouti, plus clair peut-être! Ce qui a de formidable avec cet auteur de l'autre bout du monde, c'est sa capacité à intégrer des codes européens dans des thémes totalement asiatiques (la métampsychose, l'au-delà, le lien entre les êtres et les choses, la présence intime des animaux...) Ainsi, les lecteurs du monde entier peuvent se reconnaitre dans ses personnages! c'est une force incontestable! je me suis demandée si je l'aimerais autant s'il ne citait pas à tout bout de champs Chopin, Proust, Kant et les autres. Cet homme a une culture mondiale impressionnante! Je crois que ca enleverait une partie de ma joie à le lire, mais ca ne changerait rien à ces histoires formidables et fantastiques! Murakami parle toujours de gens comme vous et moi, de chomeurs, de femme de chambre, de secrétaire; il raconte des situations quotidiennes simples, le reveil, le petit-déjeuner d'un couple amoureux, la séance de piscine, le repas du chat... et puis, petit à petit, tout doucement, nous sombrons, ainsi que sombrent ses personnages, dans l'irréel, sans pouvoir distinguer la part du rêve de la réalité! Car selon lui, tout est lié! Et alors, entrent en scéne des gens extra-ordinaires (sens premier) qui nous entrainent trés loin avec eux!
Rapidement, voici le spitch des "Chroniques..." :
Un beau jour, la vie de Toru Okada, jeune banlieusard sans emploi, bascule pour de bon. Tout commence avec les coups de fil équivoques d'une mystérieuse inconnue; puis le chat qui s'échappe; et le chant hypnotique d'un oiseau perché non loin de là. Le rêve, l'aventure, la bifurcation soudaine d'une existence toute tracée : est-on prêt, une fois dans sa vie, à tenter l'abordage des frontières inédites? (résumé au dos de l'édition Points)
Haruki Murakami (La Course au mouton sauvage, La Ballade de l'impossible) tente de nous donner à voir la part d'ombre des choses et des êtres. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante. (résumé du site Shunkin.net)
Il y a toujours des chats dans ses histoires! J'adore! Dans Kafka, ils étaient part entière du roman! Peut-être que c'est son amour des chats qui me fait l'aimer!?
J'aime chez lui sa façon sans pareille de nous montrer nos terreurs cachées, nos contradictions et celles du monde qui nous entoure...
Je n'ai pas tout compris à ce livre! Cela ne sert d'ailleurs sans doute à rien de tout analyser chez Murakami, car une part importante de son job est juste de nous faire rêver en même temps que ses perso! Dans ce roman, il y a bon nombres de récits en cascade, chacun ayant sa part, même minime, dans celui qui le suit... Le battement d'aile d'un papillon... Ici, tout part d'une grossesse... et du chant de l'oiseau à ressort! Pfiou, rien que d'y repenser, j'ai envie de me replonger dans ce bain de mystére! La vie est fantastique chez Murakami, fantastique dans ce qu'elle nous raconte de plus simple (ce qui ne signifie jamais simpliste!), dans ce qu'elle nous révéle de nos vies à nous! Une expérience vraiment FANTASTIQUE... à faire à tout prix!
Je vous laisse avec un extrait, parfait pour vous allécher!
Chroniques de l'oiseau à ressort
"Je fus d'abord tenté d'ignorer la sonnerie et de continuer à préparer tranquillement mes spaghettis. Ils étaient prêts, Claudio Abbado et l'orchestre symphonique de Londres étaient en plein crescendo. Réflexion faite, je baissai le gaz, me rendis au salon et décrochai le combiné. On ne sait jamais, ça pouvait être un ami qui m'appelait pour me proposer un job.
- Accorde-moi dix minutes, lança une voix de femme tout à trac.
Je reconnais une voix à coup sûr, quand elle appartient à quelqu'un que j'ai déjà rencontré. Et celle-là, je ne l'avais jamais entendue.
- Excusez-moi, répliquai-je le plus poliment du monde, mais à qui désirez-vous parler?
- A toi, bien sûr, dit la femme. Je te demande seulement dix minutes de ton temps. Ça nous permettra de mieux nous comprendre.
Elle avait une voix basse, douce, et indéfinissable, au débit rapide et déterminé.
- Nous comprendre?
- Emotionnellement parlant, répondit-elle succinctement.
Je passai la tête par la porte que j'avais laissée ouverte, pour jeter un coup d'œil dans la cuisine. Une vapeur blanche de bon aloi s'élevait de la casserole, et Abbado conduisait toujours La pie voleuse de main de maître.
- Ecoutez, excusez-moi, mais je suis en train de faire cuire des spaghettis, ils sont presque prêts, et si je parle dix minutes avec vous, ils seront fichus. Est-ce que je peux raccrocher maintenant?
- Des spaghettis? s'exclama la femme d'un ton stupéfait. Mais il est dix heures du matin! Pourquoi fais-tu cuire des spaghettis à une heure pareille? C'est un peu bizarre, non?
- Bizarre ou pas, ça ne vous regarde pas. J'ai sauté le petit déjeuner et maintenant j'ai faim. Donc je me fais ces spaghettis dans l'intention de les manger. J'ai le droit de manger ce que je veux à l'heure que je veux, non?
- Oui, oui, bien sûr, pas de problème. Bon, eh bien, je raccroche alors, dit la femme d'une voix sirupeuse. (Une voix étrange. Au moindre changement émotionnel, son ton s'altérait du tout au tout, comme si on avait tourné un bouton de fréquence.) Je te rappellerai une autre fois.
- Attendez, dis-je très vite. Si vous essayez de me vendre quelque chose, vous aurez beau rappeler dix fois, le résultat sera le même: je suis au chômage, je n'ai pas les moyens d'acheter quoi que ce soit.
- Je suis au courant, ne t'en fais pas, dit la femme.
- Au courant?! Au courant de quoi?
- Mais que tu es au chômage, voyons! Je le sais. Bon, si tu retournais à tes spaghettis?
- Mais qui diable...?
J'avais à peine commencé ma phrase que la communication fut brutalement coupée.
Interloqué, les émotions se bousculant dans ma tête, je restai un moment à regarder le combiné dans ma main d'un air hébété. Je finis par me rappeler les spaghettis, raccrochai le téléphone et retournai à la cuisine. J'éteignis le gaz, égouttai les pâtes dans une passoire. A cause de cet absurde coup de fil, elles n'étaient plus al dente, mais ce n'était pas fatal.
«Mieux nous comprendre?» En dix minutes?
Que voulait donc dire cette femme? Il s'agissait peut-être d'une blague au téléphone? Ou d'une nouvelle technique de vente? De toute façon, ça ne me concernait pas.
Je m'installai sur le canapé du salon avec un roman emprunté à la bibliothèque du quartier, mais, tout en lisant, je me mis à jeter de temps en temps de petits coups d'œil en direction du téléphone. Je me demandais, de plus en plus intrigué, ce qu'elle avait bien pu vouloir dire avec son «seulement dix minutes». Qu'est-ce qu'on pouvait bien «comprendre l'un de l'autre» en dix minutes?
A la réflexion, elle avait spécifié le temps imparti dès le début. Je sentais chez elle une véritable certitude à propos de ce laps de temps bien déterminé. Dix minutes. Peut-être que neuf minutes c'était trop court, onze minutes trop long. Comme pour préparer des spaghettis al dente...
J'avais perdu le fil de mon roman en laissant mes pensées vagabonder sur ce sujet, et je décidai d'abandonner ma lecture pour une petite séance de repassage. Chaque fois que quelque chose me tracasse, je me mets à repasser mes chemises. Une vieille habitude.
(...)
Le téléphone sonna de nouveau pendant que j'étais en train de ranger les courses dans le réfrigérateur. Cette sonnerie me parut extrêmement impatiente. Posant sur la table de la cuisine un bloc de tofu encore dans son sac de plastique à demi ouvert, je fonçai au salon et décrochai le combiné.
- Tu as fini tes spaghettis, je pense? fit la même voix de femme que le matin.
- Exact, répondis-je. Mais maintenant, je dois aller chercher le chat.
- Chercher un chat, ça peut attendre dix minutes, non? Ce n'est pas comme les pâtes.
Sans savoir pourquoi, j'étais incapable de raccrocher. Quelque chose dans cette voix retenait mon attention.
- Bon, mais pas plus de dix minutes, alors.
- Comme ça, on va pouvoir se comprendre, dit la femme tranquillement.
Je pouvais sentir nettement l'atmosphère à l'autre bout de la ligne: elle était confortablement assise dans un fauteuil, jambes croisées.
- Ça, je l'ignore, ai-je répondu, mais en dix minutes, ça m'étonnerait un peu.
- Dix minutes, c'est peut-être beaucoup plus long que tu ne crois, dit-elle.
- Vous êtes sûre qu'il n'y a pas erreur sur la personne? demandai-je pour voir.
- Non, dit la femme. Je te connais bien, je t'ai rencontré plusieurs fois.
- Quand? Où?
- Un jour, quelque part. Dix minutes ne suffiraient pas à t'expliquer ça en détail. Ce qui compte, c'est maintenant, tu es d'accord, non?
- Donnez-moi juste une preuve. Une preuve que vous me connaissez.
- Quoi par exemple?
- Mon âge.
- Trente ans, répondit aussitôt la femme. Trente ans et deux mois. Ça te va?
Je me tus. Elle me connaissait, pas de doute. Mais j'avais beau réfléchir, je ne reconnaissais absolument pas sa voix.
- Bon, à ton tour, essaie de m'imaginer, dit la femme d'une voix aguicheuse. Imagine quel genre de femme je suis d'après ma voix. Quel âge j'ai, où je suis, comment je suis habillée...
- Je ne sais pas, ai-je dit.
- Allez, essaie!
Je jetai un coup d'œil à ma montre. Il s'était à peine écoulé une minute et cinq secondes.
- Je ne sais pas, répétai-je. Moi je ne vous connais pas, je ne reconnais pas votre voix. Et j'ai beau essayer d'imaginer, je n'arrive pas à voir qui vous êtes.
- Vraiment? dit la femme. Tu manques à ce point de confiance en tes capacités? Tu ne penses pas qu'il puisse y avoir quelque part dans ton esprit un angle mort fatal? Un angle mort qui t'empêche d'être entièrement toi-même? C'est dommage, quelqu'un d'aussi intelligent que toi, avec toutes les capacités que tu as!
Un angle mort. Cette femme avait sûrement raison. Il y avait dans mon esprit, dans mon corps, dans mon existence même, un monde englouti, perdu quelque part. C'était peut-être ça qui faisait que ma vie s'écartait légèrement de ce qu'elle aurait dû être.
- Puisque tu ne vois pas qui je suis, je vais me décrire, dit la femme. Je suis dans mon lit en ce moment. Je viens de prendre une douche, et je suis toute nue.
Toute nue, ai-je pensé. En voilà bien une autre! Ça tourne au téléphone rose, maintenant!
- Tu préfères que je mette de la lingerie? Ou des bas? Qu'est-ce qui t'excite le plus?
- C'est comme vous voulez. Restez nue ou habillez-vous, moi, ça ne me dérange pas, ai-je répondu. Ecoutez, je suis désolé, mais parler de ça au téléphone, ce n'est pas mon truc. J'ai encore un tas de choses à faire, et...
- Dix minutes, c'est tout. Dix minutes de ton temps, ça ne sera pas une perte fatale? Réponds au moins à ma question. Tu préfères que je reste toute nue, ou que je mette quelque chose? J'ai tout ce qu'il faut, tu sais. Des dessous en dentelle noire, ou alors...
- Restez comme vous êtes, pas la peine de vous déranger.
- Toute nue, alors?
- Oui, c'est ça, toute nue.
On en était à quatre minutes.
- Ma touffe est encore humide, dit-elle. Je ne me suis pas bien essuyée. Mon corps est tout humide. Je suis toute chaude et humide. Et j'ai une touffe de poils soyeux, si tu voyais ça, tout noirs, tout doux. Tu veux les caresser pour voir?
- Euh, excusez-moi mais...
- Et en dessous c'est encore plus chaud. Comme de la béchamel tiède. C'est vraiment très chaud, tu sais. Et devine dans quelle position je suis en ce moment? J'ai le genou droit levé, la jambe gauche ouverte sur le côté. Imagine les aiguilles d'une montre marquant dix heures cinq.
Au ton de sa voix, je savais qu'elle ne mentait pas. Elle devait vraiment avoir les jambes ouvertes à dix heures cinq, et le vagin chaud et humide.
- Caresse-moi les lèvres. Lentement. Ensuite, écarte-les. Lentement. Caresse-les doucement avec la pulpe du doigt. Oui, comme ça, très lentement. Maintenant, prends mon sein gauche dans ta main libre. Tu le caresses doucement de bas en haut, et puis tu pinces le mamelon. Tu recommences plusieurs fois, encore, encore, jusqu'à ce que je sois sur le point de jouir.
Je raccrochai sans un mot. Puis je m'étendis sur le canapé et regardai l'horloge murale en poussant un profond soupir: la conversation avait duré près de six minutes.
Dix minutes plus tard le téléphone sonna de nouveau. Cette fois je ne répondis pas, et il s'arrêta au bout de quinze sonneries. Un silence profond, marmoréen, s'étendit sur le salon.
Peu avant deux heures, je sautai la palissade en béton du jardin et me retrouvai dans la ruelle."
14:25 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : haruki murakami, je t'aime!
17.04.2008
Dis moi comment tu écris et je te dirais...
Sur une idée de Mam'zelle Yoko, je me suis lancée dans un test de graphologie, science (?!) devant laquelle je suis tout à fait réfractaire, au moins dubitative... Tous ces trucs se rapprochent selon moi aux stupidités de la cartomancie, de la divination par le vol des oiseaux, la course des astres, la lecture des rêves ... Dis moi de quoi tu rêves et je te dirais qui tu es! Tout ca simplifie trop une personnalité! A mon sens, un être humain est une chose bien complexe, fait de pleins d'imbrications, de sensations, de contradictions... Alors, de là à dire que mon écriture me trahit, franchement, je suis déjà par terre pliée de rire! Mais bon, je suis une fille curieuse... alors j'ai testé, pour vous public!!! ici, on trouve un test pour s'auto-analyser! c'est assez simple d'utilisation, même si je ne sais pas trop si j'ai bien répondu aux questions (un poil techniques!).
D'abord, un échantillon :
(je triche, parce que là, c'est une page avec des lignes, mais en vrai, j'ai été bien appliquée, et j'ai fait le test avec une page blanche!)
et en prime, vous avez droit à une recette! ;-)
Bon, je commence : mes réponses aux questions, ce qui ne vous apprendra pas grand chose, je pense!
Mon écriture serait : sobre, verticale, horizontale, centrifuge, sinueuse, mi-anguleuse mi-arrondie, claire, simple, arquée, typographique, groupée, réguliére, nourrie, plate, et ferme ...Je crois que j'en ai oublié, mais vous ne m'en tiendrez pas rigueur j'espère! Ensuite, on doit choisir nos points sur le i et nos accents, puis la forme de notre "t", et enfin donner des renseignements sur notre signature. Moi, j'ai une écriture de gamine! j'ai beau noircir des pages et des pages tous les jours, je n'évolue pas dans mon écriture, elle reste aussi scolaire qu'à 14 ans! Ca me déséspére souvent, notamment quand je vois la belle écriture racée de mon father! Alors, je me disais, ca va me dire que je suis restée une enfant, timide, qui ne s'affirme pas, un truc du genre! Je vous livre quelques passages de l'analyse, qui m'a bien laissé sur le cul!!!
: "De caractére souple, d'esprit ouvert et conciliant, vous savez vous adaptez aux autres et mener les débats sans prendre de parti trop appuyé. L'orientation de votre écriture témoigne de votre impulsivité. Vous manquez d'efficacité par inconstance et excellez dans la dépense physique, psychique voire pécuniaire. (là, j'en suis toujours à me bidonner, parce que bon, moi pro de la dépense physique, ca se saurait non?!)
De la volonté, de la stabilité, de la fermeté dans les idées (ok), Vous allez au fond des choses grâce à une grande maitrise de vous-même (peut-être bien!). On peut louer chez vous une grande constance au niveau des idées (ok); ceci est du à une stabilité générale que vous cultivez et sans doute au fait que vous conservez votre calme en toute circonstance. En deux mots : raisonnable et vous laissant peu aller à vos pulsions (en effet! c'est juste!).
Vos lettres t témoignent quant à elles d'un caractére orienté vers la Timidité et la passivité, d'une modestie qui peut engendrer de la soumission (j'en prend pour mon grade, mais c'est vrai aussi!).
Les accents et les points sur vos i dénotent une inclination au réalisme plus qu'à l'idéalisme. Vous avez le sens pratique et le goût du concret (a mon grand dam, je crois que c'est vrai aussi!). Vous faites preuve de prudence et de pondération dans tout ce que vous entreprenez.
La fermeté de vos graphes trahit une grande vitalité, une énergie qui réclame de l'action à mener à long terme (on ne dira jamais assez qu'une thése est un travail de longue halleine!). Vous avez la constance et la détermination suffisante pour réaliser vos entreprises. ... Vous êtes quelqu'un d'entier qui s'exprime sans trop de dissimulation et ne chercher pas le détail qui pourrait prêter à polémique.
Mais vous étes quelqu'un qui place le sens, la sensualité, bien au-dessus des idées. La forme de vos graphes trahit une ambivalence certaine. Vous combinez des qualités à la fois de douceur et de fermeté (c'est trés vrai!). Vous savez vous imposer, mais avec calme. Toutefois, ce tempérament difficile à gérer vous conduit fréquemment à des hésitations desquelles vous ne parvenez pas à vous extirper. D'aucun disent sans doute de vous que vous êtes quelqu'un d'intelligent. C'est certainement vrai, du moins votre écriture en témoigne (?!! il y a des écritures stupides ou bêtes?). Vous avez des opinions mûrement réfléchies, vous cultivez le bon sens et savez juger avec droiture. D'aucun disent de vous que vous êtes quelqu'un de simple. C'est sans doute que vous savez rester naturelle, calme en toute circonstance. Il vous arrive par conséquent de paraitre transparent (malheureusement oui, assez souvent! et là, je suis vraiment sur le cul! est-ce un hasard ?) par manque d'affirmation en société. Vous ménagez le secret sur ce qui vous concerne, vous renfermant souvent dans votre coquille pour ne pas être démarquée, plus par orgueil que par crainte des autres.
Vous cherchez à vous connaitre, et appréciez peu que l'on vous dépeigne autrement que ce que vous croyez être (ca c'est tout à fait vrai! c'est une de mes pires craintes!). Vos écrits trahissent votre souci de vous distinguer en usant de votre culture (ca, je sais que c'est vrai, mais je tente de m'en guérir et de ne pas paraitre trop ampoulée). Vous ne voulez pas être confondu avec tout le monde, par égocentrisme peut-être (paf dans ta gueule!), mais sans doute aussi parce que vous désirez cacher un complexe d'infériorité somme toute trés léger (et repaf in the noze). votre tendance à vous maitriser n'est pas toujours appréciée des autres qui vous considére parfois comme un être plat, monotone, manquant d'originalité!
Votre écriture indique que vous faites parti de ces individus qui maintiennent un bon équilibre entre intuition et réflexion. Vous êtes balancée entre une volonté d'action et le frein de la logique. Quoiqu'il en soit, cet équilibre vous permet de vous adapter en toute circonstance et de ne pas sombrer dans l'irréel de l'utopie.
...
Voilà, voilà, j'en ai pris pour mon grade, mais je ne peux m'empêcher de penser que tout ca, même s'il y a pas mal de généralités, tombe vraiment en plein dans le VRAI!!! C'est quand même incroyable! je veux dire que l'analyse n'a rien dit qui me paraisse vraiment invraisemblable, totalement à côté de la plaque. Elle aurait pu dire que j'étais quelqu'un de drôle, de délurée, d'original, d'irréfléchi... Ce qui aurait été faux, bien sur! Mais non, tout ou presque est vrai! J'ai surtout été bluffé par la Transparence en société, le caractére trop raisonnable, la timidité, mais avec toutefois un petit égocentrisme et une estime de soi se basant sur la culture! Et mon ambivalence entre douceur et fermeté. Tout ca est dur à entendre mais pourtant c'est vrai! Bon aller, je vais tester maintenant l'écriture de MA, juste pour être sûre, ou pour me rassurer!
12:34 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : test de graphologie
10.04.2008
autre amour littéraire
En ce moment, je me cherche en matiére de lecture. j'ai toujours cru qu'il n'y avait que les Balzac et autres D'Aurévilly pour me plaire. Alors, du coup, comme j'ai décrété il y a bien longtemps que je n'étais pas faite pour la littérature contemporaine, j'ai un retard infini sur le sujet... et puis surtout, il faut bien dire que c'est un postulat totalement débile! Suffit juste de trouver son sauveur! Je vous ais déjà parlé de Murakami que j'adore! Mais il me fallait encore me reconcilier avec les nouveautés FRANCAISES, et là, faut bien dire qu'aprés le fiasco Angot, Levy, Gavalda et autres stars que je déteste cordialement, il y avait du boulot! Et puis je suis tombée par hasard sur "La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel! Wouahhh! Rien à voir avec tout ce qu'on lit en ce moment, le grotesque, le superlatif, l'auto satisfaction, et tout et tout! là, rien que des mots simples, une histoire simple, quelques pages, presqu'une nouvelle! C'est sublime! Je suis tombée en amour pour l'écriture de ce mec!
Alors, je me suis jetée sur "Les âmes grises" (qui a été adapté au ciné avec Berléan, Casta, POdalydés) et pareil, j'ai adoré! C'est beau, ca change! Une écriture qui méle les vies, qui fait de la couture, des récits qui se croisent sans heurts, qui s'enrichissent les uns les autres! Ca fait réfléchir, ca touche! j'adore! Merci merci, je vais courir lire toute votre bibliothéque Mr Claudel!
Et puis, du coup, j'ai voulu voir son film! Car il est extraordinaire ce mec, écrivain à succés, et doué en plus, et réalisateur! Voui voui, pas de probléme! Moi je commençais à sourire doucement! l'air de dire, attends mec, écrire et diriger des acteurs-caméras et tou, c'est pas tout à fait pareil! Ben ca le dérange pas! Et en plus son film*, ben il est juste beau!
* "Il y a longtemps que je t'aime", de Philippe Claudel, avec Elsa Zilberstein, Kristin Scott Thomas, Serge Azanavicius, et d'autres! Kristin, évidement sublime, dans chaque instant! Tous les acteurs sont biens, peut etre juste le flic un peu caricatural dans son rôle de dépressif! Mais les hommes, wouahh, je veux un mec comme celui qui l'a drague, fin, délicat, cultivé, drole...
20:49 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.03.2008
Haruki, je t'aime!
En deux/deux, je vous parle vite fait de "Kafka sur le rivage" que je viens d'avaler! Quel bonheur de trouver un auteur contemporain qui comble toutes mes attentes et qui ne me déçoit jamais! Je découvre petit à petit Haruki Murakami et plus je le lis, plus je suis comblée! Rien à voir avec les derniers essais style Douglas Kennedy et même avec John Irving, que j'aime beaucoup mais qui m'a l'air d'écumer toujours les mêmes thémes de la même manière! Là, vous êtes en terrain sûr, disons donc en terrain glissant car rien ni dans l'histoire ni dans le style n'est téléphoné ou déjà-vu! Murakami a une façon incroyable de raconter des histoires fantastiques avec de vrais aspects fantastiques ou fantasmagoriques et qui pourtant nous touchent personnellement! J'avais adoré "Danse, danse, danse", j'ai été totalement transporté par celui-là qui est plus abouti. Je comprends son succés! Ce qui m'étonne, c'est que c'est un style trés particulier, et que je ne pensais pas que ca pouvait plaire à tant de monde! Je trouve que ca donne beaucoup d'espoir dans l'intelligence culturelle des français, tous, quelqu'ils soient! Les personnages centraux sont trés bien écrit et pensé, un ado fuyant la malédiction lancée par son pére et à la recherche déséspérée de ses origines, un vieillard lunaire qui peut faire pleuvoir des maquereaux et parler aux chats... Je trouve vraiment génial qu'un auteur reconnu mondialement aujourd'hui puisse écrire sans tabous de tels livres, parler de tous sujets, inceste, transexualité, torture, mais aussi philosophie, littérature, fantôme... Ce livre est un mélange de vie et de rêve, de métaphore et d'aventures! Un livre fantastique, vraiment, en tout point! A LIRE! A LIRE en toute vitesse!
14:25 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amours livresques
20.01.2008
Quills
Je suis en pleine période américaine et "mondiale" disons! Aprés Murakami, j'ai envie de lire tout ce qui ce fait en ce moment de mieux, tout sauf du classique français! Tout cela est bien nouveau pour moi! je vous rappelle que je suis une grande fan de Balzac, Zola et tout ce tintouin... bref, je me suis relancé dans un petit Jonh Irving, une valeur sure, sauf que... J'ai lu au hasard "Une veuve de papier" ... peut-être que j'aurais du prendre "une prière pour Owen" qui est un de ses romans fétiches, mais justement, je voulais voir ce que donnait tous ses livres, donc ... Et voilà que je me retrouve au milieu d'une histoire plutôt bête, sans grand intérêt... Les premières pages sont fascinantes, du grand Irving, et puis il y a l'ellipse temporelle, et là, ca ne ressemble plus à rien! ca se la joue mi-roman policier, mi-roman initiatique... je sais pas! j'ai été énormément déçue! mais j'y reviendrais! j'essairais une nouvelle fois avec "une prière pour..." et on verra! Je trouve qu'il se repose un peu trop sur ses lauriers...
Ensuite, j'ai essayé un autre auteur à succés américain ... Douglas Kennedy, avec ses "Désarrois selon Ned Allen", un livre qui se veut sans doute un miroir speedé de notre société... Autre déception! je trouve que Balzac fait dix fois plus contemporain que ce Kennedy et cent fois plus acide! J'avais été averti qu'on mettait beaucoup de temps à rentrer dans l'histoire, et ca a bien été le cas; on sait ce qui va arriver au "héros", il n'y aucun humour, aucun second degré, c'est bête à mourrir, c'est même pas jouissif à lire parce que le type n'a aucun caractére... A la limite le "méchant" est plus sympathique, mais vu qu'on ne le cotoie qu'une centaine de pages, ca laisse pas assez de temps! Enfin, je ne comprends pas! peut-être que j'ai pas commencé cet auteur par le bon livre! faut me conseiller!
J'ai aussi lu le fameux livre de Philippe Claudel (ah tiens, l'est pas américain lui!), "La petite fille de Monsieur Linh" et là, je peux vous dire que ca m'a réconcilé avec la littérature, et, ce qui n'est pas peu dire, avec la littérature française contemporaine... Wouahhh, quel choc! en si peu de pages! C'est du grand Art!!! Une histoire toute simple, et pourtant si pleine, si remplie d'émotions... et ce choc à la fin... Pfff! parlez-moi des amerlocs aprés ca! J'en étais toute retournée; j'ai remué ce livre en moi pendant des heures; j'étais bouleversée... Et il n'a fallu à Claudel qu'une 50n de pages pour ca... Alors qu'avec un livre énorme, des centaines de pages, ni Kennedy ni Irving ne m'ont ému une seule fois!
Puis je me suis mise à un grand classique mondial ... (j'ai beaucoup de retard dans ce domaine) "La ferme africaine" de Karen Blixen, et le probléme, c'est que j'ai vu le film avant... j'ai déjà une idée préconcue de l'histoire, et je n'aime pas ca! Mais l'écriture est impeccable, le style limpide, sans fioriture; je pense que ca va me plaire! Je n'en suis encore qu'au début, on verra donc ca plus tard!
Un autre grand classique, "L'arrache-coeur" de Sallinger, pour lequel j'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à m'interesser aux péripéties du jeune homme! Peut-être est-ce une affaire de génération, d'âge? En tout cas, je n'ai pas été transfigurée à cette lecture! autre déception!
Et voilà! j'ai tellement, tellement de trucs à lire, tellement d'envie, je voudrais passer ma vie dans mon canapé, tranquillement, pour tout pouvoir lire... Tout Murakami, tout Irving, et du Fred Vargas, du Cormac Mc Carthy, de la SF, du Balzac, "Les âmes grises" de Claudel, "L'oeuvre au noir" de Duras, et tant et tant.... tout! quand je vois les étals de livres... "Alabama song", "L'élegance du hérrisson", "Le rapport de Brodeck", Philip Roth ... oh et puis toujours le HP en français... faut vraiment que j'arrête de regarder des nullités à la télé le soir... et arrêter aussi de passer mes soirées sur Haut et F.!
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23.12.2007
Le dindon de la farce
On voudrait toujours nous faire rentrer dans des petites cases pour mieux nous cerner, pour rassurer ceux qui ne comprennent pas et qui sont effrayés par le flou. Pourtant, en avançant, on se rend vite compte qu'il n'y a pas de case unique où un être humain pourrait se serrer. Selon les yeux qui nous scrutent nous paraissons différemment! En fonction du groupe social (oups, je parle de "groupe"!), nous passons d'un extrême à l'autre, d'une case à l'autre! Ce qui est trés réconfortant et trés schizophrénique aussi...
Ma copine C. est la plus "sérieuse" de notre groupe d'amis! C'est elle qui a toujours le plus bossé à l'école, qui a le "mieux" réussi professionnellement (pour l'instant!). Pour moi, elle représente l'archétype de la petite fille parfaite! elle n'a aucun fantasme inavouable, que des passions trés proprettes, des envies et des rêves ordinaires. Voilà dans quelle case je la rangeais! Pourtant, la vie s'est chargée de me rappeler tout ce qu'il a de subjectif dans un jugement! C. est partie en formation durant une année loin de nous! Là-bas, loin de nos regards, libre d'être qui elle voulait, elle est devenue l'élément excentrique du groupe, la fêtarde, la fofolle! Etait-ce une volonté consciente ? S'extirper de son carcan social et devenir autre! Revenue prés de nous, elle est à nouveau la même C que nous connaissions bien, sérieuse et calme...
Pourquoi ce sujet? Il m'est arrivé, toute ma vie durant, d'être jugée par les autres : sérieuse par les uns, hautaine par d'autres, chiante pour certains, totalement excentrique chez d'autres. Qui a raison? où est-ce que je me situe? Je sais bien, moi, que je suis tout cela à la fois, mais savoir que des gens qui me connaissent peuvent me restreindre à un seul qualificatif me semble consternant!
Au lycée, j'étais une petite enfant perdue selon mes "camarades", une ado parfaite pour mes parents;
A la fac, ceux qui n'osaient me parler me prenaient pour quelqu'un de trés hautain, qui a bien sa place en fac de droit, encore une fille à papa (OH MY GOD!!!! je crois que c'est le truc le plus drôle qu'on m'ait jamais dit!); pour ceux qui me connaissaient bien, juste une jeune femme trés timide avec les inconnus et, j'espère, assez sympa envers eux ! Pour ma famille, toujours la même fille trés trés sérieuse; pour mes cousins, une fille ultra chiante; pour mes copains de soirées, une fétarde invétérée.
Aujourd'hui, rien n'a changé je crois! on porte toujours sur soi sa marque de fabrique! je suis comme un kaléïdoscope! Qui me regarde me verra en fonction de qui il est lui-même et de ce qu'il veut trouver chez moi! Je sais juste que je n'essaie pas de changer en fonction des gens que j'ai en face de moi; j'essaie d'être entière, toujours moi, dire ce que je pense, faire ce que j'ai envie de faire! Pourtant, la façon dont C. a réglé son "retour à elle-même" m'a fait penser que quelque part, je me figure que je dois être une certaine personne et que je me comporte pour être cette personne! Je n'arrive pas trés bien à cerner où commence et où s'arrête ce que je suis vraiment, quand je joue et quand je fais semblant! Alors, pour C. c'était sûrement la même chose! Si je partais vivre à l'autre bout du monde, qui serais-je ?
Rien n'est simple, rien n'est UN! Ne jamais se contenter d'une version! ne jamais juger au premier regard! Quelque-part, moi qui me trouve souvent si bien, si parfaite, je sais que je fais rire d'autres groupes qui se pensent supérieur; et en mon for intérieur, je me gausse bien souvent d'autres que je pense inférieurs à moi! Nous sommes tous les dindons de la farce de quelqu'un! Se le rappeler en permanence pour être plus humble!
Pouvoir aimer la littérature du 19eme siècle tout en lisant Astérix et Yoko Tsuno; regarder Top Model à la télé et être insupportée par la télé poubelle; adorer à en crever Lynch, Almodovar, Kubrick, Gilliam et tant d'autres et pourtant porter dans son coeur Starwars; écouter en permanence Brahms et La Callas et aller voir en concert les Fatals Picards ; avoir des supers copines mais ne jamais pouvoir faire la foire avec elles; aimer boire et ne pas aimer voir les gens bourrés; aimer les enfants mais détester les gosses des autres; ne pas croire en Dieu et vouloir se marier à l'église; aimer à la folie mon mec et ne pas penser que c'est l'homme de ma vie; aimer mes cousins et savoir qu'ils ne m'aiment pas vraiment; me goinfrer de bonbons et vouloir maigrir; vouloir séduire en permanence et ne pas savoir se faire un brushing...
La liste de mes contradictions serait sans fin, ainsi que la votre, que celle du voisin, du mec que vous détestez, de la bimbo dont on se moque... J'espère en tout cas!
19:21 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.10.2007
Le mystére Lol V. Stein
Je viens de finir ce livre de Duras, "Le ravissement de Lol V. Stein", écrit en 1964, en pleine période cinématographique et théatrale pour son auteur. Il me semble d'ailleurs retrouver beaucoup de la trame théatrale dans ce roman que j'ai eu bien du mal à saisir. J'ai d'abord été surprise de la forme choisie : une narration faite par un personnage extérieur, que l'on ne connait que bien plus tard, qui lui-même ne sait pas grand chose de Lol V., qui écrit comme il pense, à mots couverts, décousus, sentiments mélés... Je dois avouer que je n'aime pas vraiment cette écriture; je suis sans doute trop terre-à-terre pour réussir à m'émouvoir de ces mots-là. Et puis, je n'ai rien compris à l'histoire! Je le dis sans honte! je veux dire par là que je n'ai pas compris ce qu'était le "ravissement" en question, et ce que cherchait Lol dans ce souvenir perpétuel. J'ai lu des analyses et à mon sens, elles se trompent (voir notamment cet article qui cite des passages du livre et en tire aussitôt une mauvaise conclusion : comment Lol V. peut-elle être blessée à vie par un souvenir qu'elle cherche à revivre en permanence, à faire renaitre au travers du nouveau couple "narrateur / Tatiana Karl? ). Je n'ai pas bien compris la fin non plus : lorsque Jacque Hold va rejoindre une dernière fois Tatiana Karl, est-ce la fin de son amour pour Lol ou est-ce le commencement d'une vraie relation charnelle, impossible jusqu'alors??? Je n'arrive pas du tout à saisir ce que Duras a voulu dire! Ca m'agace! aidez-moi...
Dire que ce livre relate l'histoire d'une femme qui s'est "oubliée" pendant dix ans pour mieux cacher la souffrance vécue en une soirée, LA soirée de sa vie, durant laquelle elle a perdu l'homme de sa vie, devant ses yeux, toute une nuit pour vivre ce cauchemard - Je pense que cette analyse LA est fausse. On peut voir que Lol, dans sa vie de femme mariée, n'a aucun plaisir à vivre; comme Hold le dit lui-même, elle est une morte-vivante qui avance dans la vie, sans passion, sans pensée. Et puis, on voit qu'à certains instants de ses journées, elle s'arrête, et elle VIT. Elle vit en pensée les souvenirs de CETTE soirée. Et lorsqu'elle croise Hold, elle est irrémédiablement attirée par lui car, avec sa relation adultére, il représente ce moment qui l'a marquée à vie, ce moment et ce couple-LA. Mais on apprends aussi qu'avant même cet instant, il manquait quelque chose à l'adolescente Lol pour être tout à fait comme une autre adolescente. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi elle a l'impression de vivre dans cette nuit-là. Mon incompréhension de ce récit réside là! Pourquoi, quand je ne sais plus qui lui demande "Mais pourquoi tu ne voulais pas que ton fiancé et cette femme partent à la fin de la nuit?", elle répond que c'était juste les voir, LES VOIR ensemble qui la ravissait, et que c'est dans la seconde où elle a compris qu'elle ne pouvait plus vivre cet instant, qu'elle est restée "choquée"... Je ne comprends pas! pourquoi? Pourquoi elle ne peut vraiment VIVRE qu'en revivant ces moments?
Voilà! si quelqu'un a la solution, ne vous privez pas de commenter, même si c'est pour descendre en flêche mon avis! je ne suis pas du tout calée dans ce genre de littérature. Pour finir, je dirais que je n'ai pas vraiment "aimé" ce roman; il ne m'a pas touché car il est dur de ressentir de l'ampathie pour son perso principal; et j'aime être touchée...
17:28 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.09.2007
c'est pourtant simple, non?!
Holà todos, soy de returno con un excellent spanish like you see! Pas vraiment plus bronzée (mais j'ai échappé aux coups de soleil, malgré un bain de lumière quotidien à des horaires peu orthodoxes!), mais plus reposée et fin prête à attaquer la reprise du boulot avec voracité! AVANCER - AVANCER enfin... dans cette fichue thèse pour essayer d'entrapercevoir, ne serait-ce qu'un instant, le bout du chemin! parce que, pfffffffff, déjà deux ans quoi! puis c'est chiant de jamais pouvoir parler de son boulot à personne, d'avoir un sujet que personne ne comprend, d'avoir un travail que personne ne comprends (pour la 100 milliéme, quelqu'un me demande :"alors c'est la reprise des cours?" ou encore "t'es en vacances là jusqu'à la rentrée!?", et je m'apprête à devoir supporter ca encore tout ce mois et à répéter encore et toujours "non, tu sais, c'est moi qui me gére là, j'ai plus de cours, plus de profs, et donc y a pas vraiment de rentrée ni de vacances scolaires" , et ma grand-mère adorée qui me demande à intervalle régulier "mais tu les passes quand tes examens?". Je râle pas devant eux bien sûr (sauf devant ma mère, parce que là, vraiment, faudrait que ca commence à rentrer!!!) car leurs questionnements partent d'un bon sentiment, mais c'est vrai que ca me fatigue! je rêve bien souvent d'un boulot bêbête avec horaires fixes et pointeuse! là, c'est simple, tout le monde comprends... Je me dis que je devrais être fière de faire ce que je fais, mais aujourd'hui, faut bien se rendre à l'évidence, les diplomes ne veulent plus rien dire et surtout ne font rêver personne! Quand je dis ce que je fais, au mieux je vois se lever vers moi un regard scrutateur du genre "qu'est-ce que c'est que cette p'tite bête-là?", au pire les gens ne relèvent pas et se disent immédiatement "bon elle, je la vire, c'est une sale intello" (ca j'avoue que bien souvent c'est le jugement de personnes qui ne m'intéressent pas du tout moi-même, donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes).
Bref, je suis donc prête à tout ca, à faire face, à -enfin!- reprendre contact avec mon directeur pour le bilan annuel (OH MYYY GOOOOOOOOOOD .... mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire, mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire? ) et pour obtenir sa signature pour la réinscription (pour que la fac puisse me ponctionner d'un bon tier de mon salaire... versé par... la fac... Tout cela est trés logique! ); à trouver dans la semaine -mais oui, mais oui!- un appart' sensass -mais oui, mais oui!- ; à repasser mon p**** de ... BIP!!!!! ; à retourner bosser fissa dans les greniers de nos mémoires (surtout pas de blanc, surtout pas de noir... pfff! ) ; à retrouver une vie sociale un peu plus joyeuse....
Ahhhhhhhhhhh, vivement qu'on y soit!
(aller, un truc qui met la patate, forcément:
Bo de Kill Bill (j'adooore les BO), "green hornet" de Billy May
16:13 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note





































