31.01.2009
Une vie française, Jean-Paul Dubois
" Partager la vie, ou simplement voyager en compagnie de footballeurs professionnels est une expérience déprimante, dommageable même. Quand ils n'exercent pas leur métier, quand ils arrêtent l'entrainement, ces gens-là n'ont que deux idées en tête : faire des siestes et jouer aux cartes. En général, au tarot. Ces athlètes aux corps surpuissants ont des loisirs et des vies privées de nourrisson. Ils s'arrangent d'ailleurs pour épouser très vite une nurse blonde, hâtivement péroxydée, qu'ils têtent raisonnablement avant de dormir encore, pendant qu'elles veillent sur leur carrière de pousseur de ballon.
(...) Il était vain d'espérer une conversation sérieuse avec ces sportifs élevés dans le culte de la langue d'ébène. Perdants ou victorieux, adroits ou malchanceux, ils s'en sortaient toujours avec les vingt-quatre ou vingt-cinq mots mis à leur disposition dans les centres de formation de la Fédération. Et les coaches ne valaient pas mieux. "
p. 157-158
" Durant cette maladie, j'ai souvent perdu pied, j'ai plié mais je n'ai pas prié. Même au plus profond de ma peur et de ma douleur, même lorsque je voyais les forces s'écouler de mon ventre. (...)
J'ai toujours été athée et la religion, quelle qu'elle soit, n'est pas pour moi un concept négociable. Partout, j'avais vu la vermine de la croyance et de la foi grignoter les humains, les rendre fous, les humilier, les rabaisser, les ramener au statut d'animaux de ménagerie. L'idée de Dieu était la pire des choses que l'homme eût jamais inventées. Je la jugeait inutile, déplacée, vaine et indigne d'une espèce que l'instinct et l'évolution avaient fait se dresser sur ses pattes arrières mais qui, face à l'effroi du trou, n'avait pas longtemps résisté à la tentation de se mettre à genoux. De s'inventer un maître, un gourou, un comptable. Pour lui confier les intérêts de sa vie et la gestion de son trépas, son âme et son au-delà."
p. 245
" Le 17, la guerre du Golfe éclata. Toutes les escapades élyséennes furent évidemment annulées. Comme tous les autres français, je m'assis alors devant la télévision et regardais comment s'y prenait l'Amérique pour embobiner le monde. Altération de la réalité. Malversations sémantiques. Falsification des causes. Amplification des effets. Témoignages truqués. Contrefaçon des preuves. Détournements des buts. Déguisement de la souffrance. Dissimulation des morts. Ces gens d'outre-atlantique incarnaient la forme civilisée de la barbarie. Manipulateurs de conscience, exterminateurs de pensée, inséminateurs d'idées prédatrices, ils avaient fait de l'image un miroir mensonger qu'avec la complicité de hâbleurs stipendiés, ils pouvaient déformer à leur guise en fonction de leurs besoins. Si demain cela se révélait nécessaire, la guerre, comme la paix d'ailleurs, pourraient être menées dans un verre à dent."
p. 290-291
A lire, forcément! Mon passage préféré est évidemment le dernier! Cela nous rappelle vaguement quelques choses... Ah, y a pas à dire! nos chefs d'Etat du monde entier ont bien appris la leçon!
Pour revenir au livre, j'avais entendu dire qu'il était bien mieux que les accomodements raisonnables; j'ai donc voulu commencer par lui. Pour tout vous dire, je n'ai pas été transcendée par ce livre. Le côté sympatoche, c'est que ca se passe -en partie- à Toulouse, que c'est un toulousain qui parle, qu'on y retrouve donc nos petites manies locales, nos lieux, nos vieux ... Mais l'histoire en elle-même m'a souvent semblé vaine. La fin laisse également un léger goût de "pas fini", de manque. Toutefois, je conseille quand même la lecture. Ne serait-ce que pour ces petits passages, et tant d'autres que je ne vous ais pas donné, qui font sourire ou franchement rire, qui sont donc des petits moments agréables, et qu'il ne faut jamais rejeté ces petits-moments là! Voilà!
18:01 Publié dans les ptites cellules grises! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

































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